• Sur les hauteurs du mont Crève-Coeur

    “This is the darkest story that I ever heard. And all my life I have labored not to tell it.” *****

    Cette histoire sombre, Ben Wade va pourtant se décider à nous la raconter, plusieurs décennies après les terribles événements qui ont secoué la petite ville sudiste de Choctaw. Car cette histoire est celle de Kelli Troy, son premier amour, et qu’on n’oublie jamais vraiment un premier amour. Mais aussi et surtout parce qu’un jour d’été 1962, sur le mont Crève-Cœur, Kelli a été victime d’un acte de violence innommable, dont Ben ne s’est jamais relevé.

    J’ai découvert Thomas H. Cook grâce à ce roman il y a une trentaine d’années et j’ai eu envie de le relire afin de voir si, à l’instar de «Au lieu-dit Noir-Etang» (du même auteur) et des Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë, le roman résisterait à l’épreuve du temps et à mon évolution en tant que lectrice.

    Ce fut bel et bien le cas, la prose lyrique de l’auteur et la puissance de l’histoire m’emportant une nouvelle fois dans un univers très sombre, dans lequel les passions dévastent plus qu’elles ne ravissent. Thomas H. Cook dépeint à merveille les tourments des adolescents en proie aux premières émotions amoureuses, dans une petite communauté rurale imprégnée de racisme, et l’impact de ce vécu sur les hommes et femmes qu’ils deviendront. Il utilise pour ce faire une langue soignée, empreinte de mélancolie, avec des images d’une grande justesse : un mot terrible tombe tel un corps lors d’une exécution  ("Then the word drops from me like a body through a hangman’s scaffold : nigger”), les souvenirs hantent le narrateur au point que sa mémoire semble être devenue le fantôme de la femme aimée ("<…> as rich and vital as if she were still fully alive and standing beside me, a voice so physically present that at times it seems as if my memory has become her ghost.").

    «Sur les hauteurs du mont Crève-Cœur» n’est pas qu’un «whodunnit» avec une fin surprenante mais également une histoire marquante à de multiples points de vue. Si l’on y retrouve les thèmes et la noirceur chers à l’auteur, le cadre lui confère en outre un cachet dramatique particulier : le nom du mont Crève-Cœur («Breakheart Hill») est un rappel des temps atroces de l’esclavage et c’est Kelli, jeune femme passionnée et indignée par le traitement réservé aux Noirs, qui révélera l’origine de ce nom…

    Un beau roman et un auteur que je vous recommande.

     

    Du même auteur:

    Au lieu-dit Noir-Etang 


  • Commentaires

    1
    Laurcou
    Dimanche 30 Décembre 2018 à 16:54
    Voilà qui me donne une furieuse envie de le relire... je l’avais déjà adoré il y a une vingtaine d’années...
    2
    Dimanche 30 Décembre 2018 à 17:06

    Oui oui, n'hésite pas smile c'est le genre de livres qui vieillit bien, je trouve...

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