• Helena Vannek« Combien d’hommes, somme toute, à qui Dieu fit miroiter le bonheur pour les ravager ensuite jusqu’aux racines ? » *****

    Cette épigraphe (citation d’Hérodote) laisse présager une histoire empreinte de tristesse et telle est effectivement l’impression qui se dégage dès l’entame du roman. Un récit simple de tragédies ordinaires dans la campagne flamande : une maman partie trop tôt, laissant trois orphelins dont la jeune Helena Vannek, un père en proie à un veuvage douloureux, un jeune garçon qui ne se remet pas de la mort de sa mère. Pour panser les plaies de Tobie, Théo Vannek a l’idée d'accueillir à la maison, en qualité d’apprenti, un jeune garçon, Guido, qui vient lui-même de vivre un drame familial et qui pourrait être un frère pour Tobie. Le cœur déjà meurtri d’Helena ne lui reste pas insensible (« Qu’est-ce qui nous attire tant dans le malheur des autres ? Qu’est-ce que cette avidité pour la cicatrice, les plaies ? Et cette rage contre ceux qui veulent les lécher à l’abri des regards ? ») et se prend d’un embrasement dont on sait qu’il ne pourra durer (« Et j’échangerais sans regret la tranquillité épaisse où je suis depuis des années pour l’alarme dans laquelle je vivais chaque fraction de ce temps-là. »).

    La vie quotidienne d’une jeune institutrice flamande avant la Seconde Guerre Mondiale, ses problèmes familiaux et ses émois amoureux… un tableau intéressant, certes, mais y a-t-il de quoi en faire un roman ? Ce serait sans compter la seconde partie du livre, à laquelle je ne m’attendais pas et qui donne à ce dernier des dimensions de tragédie : un autre récit, celui d’un fils qui découvre le journal intime de sa mère et qui, ce faisant, place le personnage d’Helena dans une tout autre lumière. Le roman prend alors son envol et, jusqu’alors récit ordinaire, se transforme en réflexion sur l’existence et ses trompe-l’œil, sur la mort aussi : « Il est possible que l’éternité  -loin de prolonger à l’infini notre vie monotone ainsi que nous l’espérons médiocrement-  tienne tout entière dans une ultime fulguration où l’esprit s’embrase à jamais. »

    « Helena Vannek » est un excellent roman dans lequel j’ai retrouvé les qualités déjà appréciées chez Armel Job : une bonne intrigue, un style élégant au service d’une réflexion douce-amère sur nos vies et ce qui en reste au bout du compte. Petit cadeau pour moi en tant que Liégeoise : la « couleur locale », qui m’a permis de reconnaître au détour d’une page l’école où j’ai grandi, le collège où j’enseigne, la gare de ma ville, un pont souvent traversé… Une belle lecture et un excellent auteur belge que je vous recommande sans hésiter…

     

    Du même auteur : 

    Et je serai toujours avec toi

    Tu ne jugeras point

     


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  • Notre petit secret"Toutes les histoires d'amour sont criminelles, et toutes les histoires criminelles sont de l'amour" ***

    Je remercie tout d’abord les éditions Hugo Thriller pour l’envoi de ce roman en échange d’une critique honnête.

    « Notre petit secret » est le premier roman de Roz Nay et se révèle être une agréable surprise.  Dès le début, le ton est donné : Angela Petitjean raconte son histoire, l’histoire de son premier grand amour… dans un commissariat, et comme elle le dit elle-même : « Cela ressemble au début d’une histoire d’amour, inspecteur. Mais nous savons tous les deux que l’histoire ne va pas dans ce sens. Elle va devenir beaucoup plus noire  -sinon, pourquoi la raconterais-je dans une salle de commissariat ? » Peut-être simplement parce que par un malencontreux hasard, l’actuelle épouse dudit premier amour a disparu…

    Angela raconte alors à l’inspecteur son histoire avec « HP », son âme sœur, celui qu’elle a aimé très jeune mais qui finira par en épouser une autre. Angela est une étrange narratrice, dont le lecteur ne sait jamais vraiment à quel point il peut lui faire confiance : manipulatrice ou femme en souffrance ? victime de machination ou coupable de vengeance ?... Ce que l’on sait par contre, sans l’ombre d’un doute, c’est comment l’histoire finira : « Le soir tombait quand nous sommes rentrées, et c’est là que j’ai su comment cette histoire allait tourner. Sur le lac, une vague sombre se préparait. Elle s’étirait, faisait jouer ses muscles. Elle allait bientôt déferler, se couler sous toutes les portes de la maison, filtrer par chaque fenêtre, jusqu’à ce que tous ses murs bleus virent au noir. L’univers entier allait lui tomber dessus, et j’étais la seule à le voir. »

    J’ai lu certains commentaires de lecteurs déçus par l’appellation « thriller » ou par une comparaison (qui n’a pas lieu d’être) avec Douglas Kennedy, le livre ayant reçu le prix du même nom. Je pense effectivement qu’il ne faut pas s’attendre à un thriller trépidant ou à un roman de Douglas Kennedy : « Notre petit secret » est plutôt un roman psychologique à suspense basé sur les amours adolescentes et le triangle amoureux, un huis-clos où les réactions des personnages sont plus importantes que l’action, et doit être lu en tant que tel. L’intrigue en elle-même est très simple et c’est la perspective narrative qui crée le doute et l’envie d’en savoir davantage. Un premier roman prometteur au style fluide et une lecture très agréable pour les vacances…

     


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  • The Good Daughter

    The Excellent Slaughter... *****

    La bien nommée Karin Slaughter fait partie de mes auteurs de prédilection depuis de nombreuses années maintenant, m’ayant procuré de délicieuses heures de frissons noirs grâce à ses séries mettant en scène Sara Linton (« Grant County Series ») et Will Trent. Intrigues bien ficelées, crimes aussi sordides que mystérieux (et parfaitement détaillés d’un point de vue anatomique arf), approche empreinte d’empathie, personnages terriblement humains, brisés parfois, qui deviennent presque des amis au fil des lectures : tout ce que j’attends d’un bon roman policier.

    J’ai donc abordé « The Good Daughter » avec l’enthousiasme de l’amateur et la crainte de la déception face à un roman encensé par la critique. Je vous rassure tout de suite : Karin Slaughter est au sommet de son art, nous offrant un roman captivant qui a toutes les qualités décrites ci-dessus.

    Alors qu’elles ne sont que des adolescentes, Charlotte et Samantha Quinn paient très cher les choix professionnels de leur père, Rusty, avocat des causes perdues : une agression d’une violence inouïe déchire leur famille et laisse des séquelles indélébiles. Vingt-huit ans plus tard, Charlotte, devenue avocate, se retrouve malgré elle au cœur d’une tragédie qui secoue Pikeville… tragédie qui va bien sûr faire ressurgir les fantômes épouvantables du passé.

    Je ne vous en révèle pas plus sur l’intrigue car Karin Slaughter nous mène de main de maître d’un événement à l’autre, avec un art du suspense consommé, et pour un plaisir de lecture optimal, il vaut mieux vous laisser emporter sans trop en savoir. Le roman alterne deux mystères palpitants  - assurant un rythme soutenu et un suspense permanent nuisant gravement aux tâches ménagères wink2- , avec un sens de la description impressionnant et des dialogues qui sonnent juste, au point de me donner parfois l’impression d’assister réellement à la scène (un plaisir tout relatif compte tenu de la noirceur de certaines d’entre elles wink2).

    « The Good Daughter » est un « stand alone » qui peut donc être lu indépendamment des autres romans de Karin Slaughter et je ne peux que vous le recommander chaleureusement, que vous connaissiez déjà l’auteure ou pas. A défaut de pouvoir lire en anglais, de nombreux romans des autres séries (à lire dans l'ordre) sont déjà disponibles en français...

    Du même auteur: The Kept Woman


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  • Premier roman prometteur mais sans plus... ***

    Parution en français: 28 septembre 2017

    «Eleanor Oliphant is Completely Fine» («Eleanor Oliphant va très bien») m’a tentée par les nombreux éloges reçus pour sa version originale, éloges émanant tant de la presse que de lecteurs et le présentant comme un livre qui provoquait tant des éclats de rire que des sanglots. Je n’ai quant à moi ressenti aucune de ces deux émotions, étant simplement tantôt amusée, tantôt touchée, et je suis donc nettement plus réservée que la plupart des autres lecteurs.

    Eleanor est une jeune comptable d’une trentaine d’années dont la vie est parfaitement réglée et sans surprises. Eleanor va bien, ou du moins le prétend-elle, mais le lecteur se rend vite compte que tel n’est pas le cas (à propos de son entretien d’embauche: «I turned up for the interview with a black eye, a couple of missing teeth and a broken arm <…> Perhaps he could also tell that I’d never need to take time off to go on honeymoon, or request maternity leave.» Sa vie sociale est inexistante, la seule compagnie du week-end étant sa bouteille de vodka, et au fil du récit, sa souffrance est de plus en plus perceptible : «There have been times when I felt that I might die of loneliness. <…> I ache, I physically ache for human contact  -I truly feel that I might tumble to the ground and pass away if someone doesn’t hold me, touch me. <..> If someone asks you how you are, you are meant to say FINE. You are not meant to say that you cried yourself to sleep last night because you hadn’t spoken to another person for two consecutive days. FINE is what you say." Sur cette vie de solitude profonde plane l’ombre de la mère d’Eleanor, qui a commis l’innommable et a fait de sa fille ce qu’elle est aujourd’hui. Une touche d’espérance cependant dans cette noirceur : une relation naissante avec Raymond, un collègue, dont les manières agacent souvent Eleanor mais qui sera le premier à lui manifester une réelle gentillesse…

    J’ai trouvé le début de ce roman très prometteur, le manque total d’adaptation sociale d’Eleanor donnant lieu à des réflexions à la fois humoristiques et émouvantes. Cependant, certaines de ces réflexions et situations m’ont paru un peu forcées et dès lors peu crédibles et la suite du roman n’a pas tenu les promesses des premiers chapitres. Mon intérêt pour l’histoire s’est maintenu mais je n’ai été ni captivée, ni surprise et au final, j’ai trouvé l’ensemble assez prévisible, ayant même anticipé une révélation (et pourtant, je ne suis pas particulièrement subtile quant à ce smile). Un roman plutôt bien écrit, qui se laisse lire avec aisance et plaira aux amateurs de «chick-lit » mais qui m’a laissée sur ma faim.


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  • Fêlures d'enfance ****

    Je remercie tout d’abord les éditions Passiflore, qui m’ont fait parvenir ce deuxième roman de Pascale Dewambrechies en échange d’une critique honnête. Je ne connaissais pas l’auteure, j’en avais seulement lu des commentaires élogieux dans des groupes de lectures Facebook et je suis ravie de cette  découverte.

    «Juste la lumière» est un roman infiniment sensible, intimiste, pétri des douleurs de l’enfance que l’on emporte en bagage indésirable tout au long d’une vie. Il est écrit à la deuxième personne du singulier -particularité à laquelle on s’habitue très vite- et est composé de chapitres courts et de phrases tout aussi courtes, incisives et pourtant finement ciselées. Il nous parle d’Eva, jeune femme libre et indépendante, écrivain, reconnue socialement et en apparence sûre d’elle. Mais sa relation intense et tourmentée avec Dimitri, metteur en scène égocentrique et volage, laisse éclater les failles sous la carapace de certitudes, devenant prétexte à une quête de soi ayant pour escales les mensonges, la maladie, la colère, la recherche de la paix : «Tu hantes les cimetières aux tombes colorées, joyeuses. Dans ces deuils silencieux étalés sous tes yeux, tu retrouves un peu de la paix que tu perds chaque jour davantage. Les cimetières roumains, qui sont autant de jardins et de parcs fleuris, offrent aux morts sous la pierre une paix qui te transperce.»

    Ce roman nous parle de fêlures ordinaires et pourtant si douloureuses : le ventre qui reste vide de maternité, l’infidélité, la chute «du haut de cet amour qui s’effondre», le fardeau des enfances qui n’ont pas longtemps connu l’insouciance («Que fait-on de ce spermatozoïde perdu dans le corps de l’autre, trop jeune, trop niaise, trop pétrie de futile arrogance pour dire non ?»).

    Une plume à fleur de peau au service d’un voyage émouvant qui ne laisse pas indemne («Ce voyage <…> a frappé mon front contre la roche grise. Il a griffé mon âme de ses doigts de pierre.») et une romancière qui mérite la découverte.


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