• Ceux qui ont le monde à leurs pieds... *****

    J’avais beaucoup aimé «La ferme du bout de monde » et me réjouissais donc de découvrir le nouveau roman de Sarah Vaughan, d’autant plus qu’il faisait l’objet de nombreux éloges tant de la part des critiques professionnels que des lecteurs  -quelques déceptions m’ont cependant rendue méfiante envers les buzz médiatiques.

    Aucune déception cette fois, j’ai même littéralement dévoré ce livre en un week-end. Ne vous attendez cependant pas à une histoire similaire à «La ferme du bout du monde» : «Anatomy of a Scandal» peut être considéré comme un suspense juridico-familial ayant pour cadre les coulisses du pouvoir en Grande-Bretagne.

    James et Sophie Whitehouse semblent mener une vie parfaite : James occupe un poste politique important, son charisme lui a toujours valu de réussir tout ce qu’il entreprenait et ils sont les heureux parents de deux beaux enfants. Lorsque James annonce à Sophie qu’il a eu une liaison avec l’une de ses employées, leur bonheur se fissure un peu ; lorsque l’employée a l’outrecuidance de porter plainte, il se fragilise encore davantage, d’autant plus que l’avocate de l’accusation, Kate, n’admet pas facilement la défaite. Mais Sophie tient à préserver sa famille à tout prix, dût-elle pour cela faire quelques entorses à ses principes…

    «Anatomy of a Scandal» est à la fois une histoire familiale   -la psychologie des personnages, surtout celui de Sophie, fait l’objet d’une analyse intelligente et réaliste-  et un «courtroom drama» qui parvient à être captivant malgré l’absence d’originalité du litige : la parole de l’un contre la parole de l’autre, le classique he said/she said ou comment savoir si le « non » de la femme a été suffisamment clair. Sur ce point, le roman m’a d’ailleurs rappelé l’excellent "He Said/She Said"  d’Erin  Kelly.

    Grâce à des flashbacks revenant sur ce qui s’est passé à Oxford en 1993, le roman nous dévoile également les dessous d’une classe de privilégiés, ceux qui sont nés avec une cuillère en argent dans la bouche et qui ont ou pensent avoir le monde à leurs pieds…

     

    Un excellent moment de lecture que je vous recommande sans hésiter.

     

    Du même auteur:

    La ferme du bout du monde

    Vous aimerez peut-être:

    Erin Kelly, He Said/She Said


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  • Jusqu'à ce que la vérité nous séparé / Everything But The TruthJusqu'à ce que la vérité nous séparé / Everything But The Truth

    Des vies imparfaites ****

    C’est un simple regard sur le smartphone de son petit ami Jack qui fait basculer la vie de Rachel : un mail, un nom inconnu et surtout le mot «atrocity»… Elle ne sait pas grand-chose de lui, il est vrai, puisqu’elle ne le connaît que depuis sept mois, mais elle lui fait confiance et surtout, elle est enceinte de trois mois, ce qui rend son besoin de vérité encore plus impérieux…

    Rachel va bien sûr mener son enquête sur cet homme qu’elle connaît à peine, en fin de compte, et qui surtout ne lui donne pas de réponses satisfaisantes, allant de mensonge en mensonge au fur et à mesure des découvertes de Rachel. Mais des flashbacks dans la vie de cette dernière, qui n’exerce plus son métier de médecin depuis un an et travaille maintenant comme secrétaire, nous révèlent peu à peu qu’elle aussi a des zones d’ombres, emmenant le lecteur dans une histoire parallèle émouvante…

     

    «Jusqu’à ce que la vérité nous sépare» est un suspense psychologique bien mené  -que je ne qualifierais cependant pas de thriller à proprement parler. Le début m’a semblé un peu convenu et surtout déjà-vu (la jeune femme qui se rend compte avec effroi que son mari/amant a un passé trouble et qu’il pourrait bien être horriblement dangereux) mais la suite est plus intéressante et plus nuancée. Les personnages sont réalistes et sont confrontés à des dilemmes moraux qui laissent songeur et invitent à la réflexion. Une lecture très plaisante que je recommande aux amateurs du genre.


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  • I found you I found you Parution en français: 18 avril 2018 

    «Alice sees that the man is still there. He’s no longer in the middle of the beach. He’s moved back towards the sea wall and he’s sitting on a pile of rope. His face is turned up to the sky and his eyes are closed and something inside Alice aches  when  she looks at him. “ *****

    (mise en garde: le résumé disponible sur Amazon France contient des "spoilers": à éviter ! frown)

    Dans un petit cottage en bord de mer, à Ridinghouse Bay dans le Yorkshire, Alice gère tant bien que mal sa vie de mère célibataire un peu bohème, entourée de ses trois enfants (de pères différents... et absents) et de ses trois chiens. Lorsqu’elle aperçoit sur la plage un homme qui fixe la mer pendant des heures, immobile et trempé jusqu’aux os, elle se prend de pitié pour lui et l’accueille chez elle, tout en sachant pertinemment que ce n’est pas très raisonnable d’ouvrir sa porte à un inconnu qui ne se souvient même pas de son nom…

    Alors même qu’Alice joue les bons Samaritains, une jeune femme, Lily, constate la disparition de son époux, Carl : il n’est pas rentré de son travail et ne répond pas au téléphone. Ils ne sont mariés que depuis quelques semaines et Lily comprend très vite que l’absence de Carl est plus qu’inquiétante. D’autant plus qu’il semblerait que sa vie comporte des zones d’ombre dont il n’a touché mot à sa jeune épouse...

    Les deux récits sont interrompus par des flashbacks : des vacances familiales à Ridinghouse Bay en 1993, un couple ordinaire et ses deux enfants, un bonheur tranquille et un séjour qui va rapidement tourner au cauchemar.

    Quel est le lien entre ces trois narrations ?  C’est ce que le lecteur sera amené à découvrir au fil d’une lecture très agréable, captivante même, l’alternance entre les points de vue assurant un suspense continu. L’histoire qui prend forme sous nos yeux est émouvante et met en scène des personnages réalistes, porteurs de fêlures diverses ; le ton est juste, l’écriture fluide et non dépourvue d’humour malgré les faits tragiques relatés.

    Un suspense psychologique que j’ai beaucoup aimé et qui m’a rappelé l’excellent « Te laisser partir » de Clare Mackintosh.

     

     

    Vous aimerez peut-être:

    Clare Mackintosh, Te laisser partir

     


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  • Le cri

    «Depuis mon cœur crevé je vais faire ça, raconter ta mort, ta maladie, ton agonie. Du jeudi 19 au lundi 23 décembre ; quatre jours, trois p’tits tours et puis s’en vont. Je vais relater dans le détail ta lutte, ton combat, blitzkrieg, parce que, putain, qu’est-ce que tu as été forte dans cette traversée de la fièvre et de la douleur ». *****

    Une phrase de Christian Bobin ne m’a pas quittée lors de cette lecture bouleversante : «L’écriture, c’est le cœur qui éclate en silence». Tout au long de ces pages de douleur, on a l’impression de voir éclater peu à peu le cœur de la narratrice, Sophie, dont la fille Camille est emportée à l’âge de seize ans par une maladie foudroyante, en quatre jours seulement. Sophie raconte l’enfer, et puis l’après : les jours terribles jusqu’à l’enterrement, les quelques mois qui ont suivi. Elle raconte aussi Camille, au point que l’on a l’impression de la voir vivre sous la plume de sa mère, avec sa blondeur, ses yeux bleus, sa joie de vivre, ses habitudes d’adolescente.

    Dès le début, l’auteure promet à sa fille d’éviter «le sirop de deuil un peu gluant, poème pompeux, élégie larmoyante» pour «inaugurer ton outre-vie» et elle y réussit parfaitement. La nature même de ce récit pourrait aisément le faire basculer dans le pathos mais tel n’est pas le cas ici. C’est une douleur authentique, insoutenable, qui frémit à chaque page tout en restant pourtant sobre et pudique.

    Sophie Daull écrit magnifiquement bien et parvient de ce fait à élever le témoignage au rang d’œuvre littéraire, alliant la magie de l’écriture à la force de la tragédie vécue. Le roman a à la fois les résonances de la vraie vie (l’après-deuil, les formalités concrètes à régler, l’annonce terrible à faire aux amis) et celles de la littérature ("te redonner de la lumière, nous aveugler toutes les deux dans le scintillement de la mer en allée avec le soleil. Elle est trouvée, l’éternité. Rimbaud est mort ici, tu sais.")

    Je ne suis pas une habituée des livres-témoignages et je m’étais dit à l’entame de cette lecture que quoi qu’il en soit, je ne pourrais rédiger de chronique négative d’un récit à ce point taillé dans la douleur. La question ne se pose pas, j’ai été happée par ce roman de bout en bout, le lisant presque d’une traite avec une boule dans la gorge et, fait rarissime, le finissant en larmes. J’avais été bouleversée il y a bien longtemps par «Tom est mort» de Marie Darrieussecq et j’ai retrouvé dans «Camille, mon envolée» cette même émotion terrifiante que l’auteur transmet au lecteur. De manière très significative, les deux mères narratrices font d’ailleurs référence à la même œuvre artistique pour se décrire au cœur de la douleur : «Le cri » de Munch…

    Une œuvre très forte, vous l’aurez compris, et qui ne laisse pas indemne.

     

     

     

     

     

     


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  • « La tête de la fille reposait sur un petit tas de feuilles orange et marron.

    Ses  yeux  en  amande  fixaient la canopée des sycomores, des hêtres  et des chênes, sans voir les doigts du soleil s’enfoncer timidement entre les branches  pour saupoudrer d’or les sous-bois. Les paupières ne clignaient pas alors même que des scarabées noirs et brillants s’affairaient sur les pupilles. Ses  yeux ne voyaient plus rien, sinon les ténèbres. »  ****

    C’est par ce prologue poético-macabre que commence le premier roman de C.J. Tudor, « The Chalk Man » (« L’homme craie »).  En 1986, dans la petite ville d’Anderbury, un groupe d’enfants fait une terrible découverte : le corps démembré d’une jeune fille dans les bois. Ed, le narrateur, alors âgé de douze ans, raconte comment ses amis et lui ont suivi une piste de dessins de craie  -leur code habituel pour échanger des messages-  pour se retrouver face à ce corps décapité.

    Le roman va alors alterner le récit d’Ed enfant et celui d’Ed trente ans plus tard, alors qu’il vient de recevoir une enveloppe contenant un morceau de craie et un dessin. Une missive similaire a été envoyée à ses copains d’alors et l’un d’entre eux, Mickey, se présente chez Ed : il souhaite revenir sur les événements dramatiques de leur enfance et prétend même savoir ce qui s’est passé…

    «L’homme craie» est étonnamment abouti pour un premier roman et je l’ai lu avec beaucoup de plaisir. On y trouve les ingrédients classiques d’une bonne intrigue policière (alternance du passé et du présent, fausses pistes multiples), avec en outre une belle écriture (ce qui n’est hélas pas toujours le cas dans le genre) et beaucoup de finesse dans la perception (l’auteur passe avec beaucoup d’aisance du regard d’Ed enfant à celui de l’adulte qu’il est devenu, le tout avec une grande justesse). Pas particulièrement original mais la recette, bien appliquée, est efficace et l’auteure parvient en outre à recréer l’atmosphère pesante d’une petite ville qui est soudain comme suspendue dans le temps et qui semble avoir perdu toute couleur et toute possibilité d’innocence. Quelques détails macabres feront également le bonheur des amateurs de sordide smile

    Une lecture très agréable et un auteur à suivre.


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