• Plaidoyer pour les animaux


    Plaidoyer pour les animauxLes yeux et le coeur ouverts  *****

    Ce « Plaidoyer pour les animaux » est une œuvre magnifique et indispensable dont l’on sort à la fois meurtri et grandi. Meurtri parce qu’il nous livre une succession d’agonies et que pour citer Marguerite Yourcenar, « il me déplaît de digérer les agonies » ; grandi, parce que tant le cœur que l’esprit y puisent une grande richesse.
    La qualité première de ce livre est selon moi l’immense compassion qui s’en dégage. Alors que les défenseurs des animaux sont souvent taxés de sensiblerie ou de fanatisme, Matthieu Ricard remet les choses en perspective et rappelle ce que notre société a une fâcheuse (et volontaire) tendance à oublier : il est légitime de s’indigner et c’est notre attitude d’indifférence actuelle qui est extrême et innommable, et non la prise de conscience de celle-ci. La compassion envers les animaux n’exclut pas celle envers les humains et les défenseurs des animaux ont souvent été aussi des défenseurs des droits de l’homme. Pas question d’humaniser l’animal ou d’animaliser l’homme, il s’agit simplement d’éprouver de l’empathie envers les plus faibles et de cesser de considérer qu’ils existent pour le seul plaisir ou le seul usage de l’homme.
    Un second aspect qui m’a intéressée est la qualité de l’analyse historique et philosophique. Matthieu Ricard retrace, de façon à la fois intelligente et accessible, l’évolution de notre relation à l’animal et fait appel aux grands penseurs pour illustrer son propos. Nous comprenons mieux ainsi comment nous en sommes arrivés là, dans cet état de faillite morale, puisque comme le rappelle Milan Kundera, « Le véritable test moral de l’humanité <…>, ce sont ses relations avec ceux qui sont à sa merci : les animaux. Et c’est ici que s’est produite la plus grande déroute de l’homme, débâcle fondamentale dont toutes les autres découlent. »
    Tous les aspects de la maltraitance animale, passée et actuelle, sont passés en revue à l’aune de la compassion la plus élémentaire, et de cet effroyable tableau se dégage une vision d’enfer permanent. Matthieu Ricard n’évite aucun tabou, que ce soit le bien-fondé de l’expérimentation animale (des centaines de petits singes séparés de leur mère pour tester la profondeur de l’attachement maternel : est-ce que ce monde est sérieux ?), notre compassion qui s’arrête à la limite de notre assiette (nous mangeons volontiers un animal qui a souffert le martyre tout en considérant notre chien comme un membre de la famille) ou encore la mauvaise foi des aficionados qui parlent de combat loyal là où pour un matador mort, il y a eu 41.500 taureaux massacrés sous les vivats de la foule (« l’instant de triomphe où les épiciers se prennent pour Néron », jolie formule de Brel citée par Matthieu Ricard).
    Deux chapitres m’ont particulièrement interpellée : « Les mauvaises excuses », où sont démontés un à un les arguments auxquels sont souvent confrontés les défenseurs des animaux, et « La tuerie de masse des animaux », où l’analogie (et non la comparaison) avec les camps de concentration est expliquée, l’auteur rappelant notamment que « c’est dans les abattoirs de Chicago que les nazis ont appris comment gérer les corps » (Coetzee) et que ce sont les survivants des camps eux-mêmes qui ont établi ce sinistre lien.
    Chacun peut retirer quelque chose d’infiniment précieux de ce livre. Les végétariens ou végétaliens y trouveront écho de leur conviction profonde par le biais d’une réflexion intelligente et instructive, avec le réconfort de faire partie d’un mouvement croissant de prise de conscience. Quant aux autres, ils feront ce qu’ils voudront de leur lecture : simple information d’ordre moral ou intellectuel ou envie de changer des comportements devenus éthiquement injustifiables à la lumière de ce qu’ils savent. A défaut d’être sensibles à la souffrance animale, ils seront peut-être interpellés par le fait que notre consommation de viande exagérée se fait au détriment des plus pauvres et que lors de la famine en Ethiopie, leurs céréales étaient utilisées pour le bétail des pays riches. Une information parmi des centaines d’autres qui ne peut qu’inciter à la réflexion…
    Matthieu Ricard ne juge pas et n’exhorte pas les gens à changer : il informe, sans retenue, de ce que l’on nous cache trop souvent, il pose les bonnes questions et ce faisant, invite son lecteur à se les poser. Merci, monsieur Ricard, pour ce livre qui allie à un degré rare intelligence et empathie.


  • Commentaires

    1
    Vendredi 24 Mars à 18:16

    Il me faut ce livre !!! Merci pour ton partage <3 Bon week-end !

      • Vendredi 24 Mars à 18:20

        biggrin Tu en as déjà acheté combien, depuis que tu as découvert mon blog ? wink2

    2
    Annick Etcheberry
    Vendredi 31 Mars à 09:06

    Livre exceptionnel et commentaires très intéressants.

      • Vendredi 31 Mars à 10:19

        Merci smile Un livre à mettre entre toutes les mains...

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