• Un homme accidentel

    Un homme accidentelCompte à rebours *****

    Un meurtre à Los Angeles : la banalité devient accident lorsqu’elle met en présence deux êtres qui n’auraient jamais dû se croiser et dont la rencontre sera collision. Entre le policier à la vie rangée et ordinaire et le jeune et séduisant acteur Jack Bell, rien de commun a priori et pourtant, sous la plume de Philippe Besson, «il y a des moments de presque rien, des minutes ordinaires, on en a traversé des tas comme ça avant, mais un beau matin, c’est une fraction de temps pendant laquelle tout bascule. Des silences qui paraissent anodins, on n’éprouve pas le besoin de les remplir, on y est bien mais on appuie le regard un peu trop, on accroche ses yeux à l’autre une seconde de plus qu’il ne faudrait et ça remplit le silence d’un coup, on fait loger un destin dans ce silence. Non, je n’aurais rien pu empêcher.»

    Après «Arrête avec tes mensonges» et «Se résoudre aux adieux», j’ai retrouvé dans « Un homme accidentel » l’émotion que peut procurer la bonne littérature, celle qui avec des mots justes parle directement à l’âme. Dès les premières pages, le lecteur sait qu’il a entamé un compte à rebours où l’homme finit à terre («Et me laisserait-on là, seul et misérable, dans cet avachissement, avec des frissons parcourant tout le corps, seules preuves que je suis encore vivant ?»), dans une histoire de passion condamnée d’avance, qui ne s’embarrasse pas de la morale ni des convenances et qui s’aventure bien au-delà du raisonnable.

    Philippe Besson raconte magnifiquement la détresse amoureuse, avec une sensibilité quasi féminine, nous faisant plonger sans crier gare, au détour d’un passage sublime de justesse, dans des ressentis universels : «C’est terrible, la morsure du manque. Ça frappe sans prévenir, l’attaque est sournoise tout d’abord, on ressent juste une vive douleur qui disparaît presque dans la foulée, c’est bref, fugace, ça nous plie en deux mais on se redresse aussitôt, on considère que l’attaque est passée, on n’est même pas capable de nommer cette effraction, et pourquoi on la nommerait, c’est parti si vite, on se sent déjà beaucoup mieux <…>, la vie continue, le monde nous appelle, l'urgence commande <...> Et puis, le mal devient lancinant, il s’installe comme un intrus qu’on n’est pas capable chasser, il est moins mordant et plus profond, on comprend qu’on ne s’en débarrassera pas, qu’on est foutu.»

    «Un homme accidentel» est un roman brut, tantôt cru, tantôt poétique, qui met à nu sans complaisance les délires et les dérives des amours volées à l'irrationnel. Son héros est un homme ordinaire, touchant car emporté par l’inattendu, qui au final porte sur sa vie un regard tragiquement lucide: «Pour sûr, je n’étais pas taillé pour les turbulences mais aujourd’hui, je me mettrais à genoux et j’implorerais d’être foudroyé à nouveau.»


  • Commentaires

    1
    Claude Bazin
    Dimanche 25 Juin à 21:34
    Je suis friande de vos comptes rendus
    Ordinairement je m'attache pas à la critique
    Mais votre style et votre sensibilité me parlent
    Un grand merci
      • Dimanche 25 Juin à 21:51

        Un grand merci, votre retour me fait grand plaisir

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