• Friend RequestMessage d'outre-tombe ****

    Quoi de plus anodin, voire agréable, que de recevoir une demande d’ami sur Facebook ? Sauf bien sûr si l’amie qui vous contacte est morte depuis une vingtaine d’années… Plus inquiétante encore, cette demande, si vous n’avez pas eu un comportement très correct envers cette personne…

    Telle est la situation dans laquelle se retrouve Louise Williams, quadragénaire récemment séparée de son mari et maman d’un petit garçon. La requête de Maria Weston la plonge dans un passé qu’elle aurait voulu pouvoir oublier : celui de l’adolescence, lorsque le désir de plaire aux leaders et celui d’appartenir au groupe poussent parfois à des actes répréhensibles, de ceux que l’on regrette tout au long d’une vie… Le récit va dès lors alterner les événements du passé  -la dernière année de scolarité, celle où tout va basculer pour Maria Weston-  et ceux du présent  -les retrouvailles des élèves de 1989, avec cette fois un autre crime…

    « Friend Request » est un thriller psychologique que j’ai beaucoup aimé dans la mesure où il va au-delà du simple mystère policier  -par ailleurs très réussi, avec les énigmes et rebondissements de rigueur. En effet, Laura Marshall aborde avec une certaine finesse la notion de culpabilité  -celle de Louise est tangible tout au long du roman-, les dangers des réseaux sociaux, miroir de l'ego où chacun veut montrer au monde à quel point sa vie est réussie, et surtout la complexité des relations adolescentes : les mises à l’écart, les influences néfastes, les petites et grandes méchancetés qui ternissent la scolarité des plus faibles… jusqu’au drame. Pour cette raison, je pense qu’il convient également parfaitement à un public de jeunes adultes, qui y retrouvera vraisemblablement des mécanismes hélas bien connus dans le milieu scolaire.

    Un très bon premier roman qui plaira aux amateurs de suspense psychologique…


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  • Loin des mosquéesUn mariage et un enterrement *****

    Loin des mosquées et de la Turquie, Evren est un jeune Turc qui vit en Belgique et termine ses études de comptabilité en Allemagne. Hébergé chez son oncle, il y côtoie sa cousine Derya, dont la nudité aperçue par hasard l’affole au point de décider de la demander en mariage. Comme le veut la tradition, une délégation familiale se déplace en Allemagne mais hélas, Derya n’a pas l’intention d’épouser son cousin. Qu’à cela ne tienne, la famille d’Evren a une solution de rechange et lui sert sur un plateau la jeune Yasemin, qui n’a jusqu’alors connu que sa Turquie natale.

    « Loin des mosquées » est un roman qui allie gravité et légèreté. Gravité par les sujets abordés  -la condition effroyable de la femme « marchandise », parfois guère plus qu’une « chienne » aux yeux des hommes de son propre foyer-  et légèreté par ses touches d’humour absolument délicieuses.  Le récit d’Evren, de Derya et de Yasemin est en effet complété par celui de René, qui se retrouve bien malgré lui impliqué dans ces histoires de famille suite à un service rendu.

    Or, il faut savoir que René est croque-mort de son état, ce qui ne pouvait manquer, sous la plume d’Armel Job, de donner lieu à des réflexions pince-sans-rire et à des situations cocasses. Le ton est d’ailleurs donné dès le premier chapitre, puisque René est victime d’un accident de corbillard  -important pour la suite du récit-, alors que « en principe, un corbillard n’a jamais d’accident. < …> On n’imagine pas un corbillard prendre des risques sur la route » (en effet). Humour noir, aussi, mais toujours plein de tendresse, notamment lorsque René rend visite aux pensionnaires de la maison de retraite : « Forcément, le potentiel de clients est plus élevé dans une maison de retraite que dans une maternité  <…> J’ai vite compris qu’ils étaient surtout soulagés de constater que j’étais venu pour un autre <…> Je n’évoque jamais les relations professionnelles que nous pourrions avoir un jour.» 

    Mais cet humour ne laisse pas oublier une gravité sous-jacente ; ainsi peut-on lire à propos de la mort : « C’est l’enfance à l’envers. Oui, si on veut bien y penser, la mort n’est pas autre chose : on redevient un enfant, un être sans qualités, qui n’a en propre que sa faiblesse. L’enfant et le mort sont entièrement livrés aux autres. »

    Les relations Wallons-Flamands n’échappent pas non plus à l’humour grinçant de l’auteur belge. A propos des femmes que René séduit lors de ses vacances (et à qui il n’ose avouer son vrai métier, forcément, cela jetterait un froid) : «Depuis quelques années, j’ai un faible pour notaire : ça fait cossu, rassurant. Celles que je préfère, ce sont les Flamandes. On reste entre compatriotes. J’aime leur façon de parler. Le flamand est une langue vigoureuse, dans laquelle on ne peut pas minauder. Le mari est retenu par le business à Anvers ou à Gand. On ne dira jamais assez les bienfaits de la prospérité flamande pour nous autres Wallons. »

    Ces quelques exemples vous donnent une idée de l’atmosphère générale de « Loin des mosquées » : l’intrigue et le thème auraient pu être pesants mais le style enjoué et parfois décalé, sans rien ôter à la tristesse des situations vécues, en fait une lecture très plaisante que je vous recommande sans hésiter.

    Du même auteur:

    Et je serai toujours avec toi

    Helena Vannek

    Les fausses innocences

    Tu ne jugeras point


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  • Danser dans la poussièrePeu exaltant ***

    Parution en français: 21 septembre 2017

    Fan de Thomas H. Cook depuis la découverte du touchant "Breakheart Hill", je dois cependant dire que cette fois, je n'ai pas été séduite par "A Dancer in the Dust". Bien que l'on reconnaisse la qualité d'écriture et la profondeur habituelles de l'auteur, il n'a pas réussi à m'emmener dans son univers. L'histoire se déroule en partie à New York et en partie en Afrique, avec des flash-backs parfois un peu déroutants, et relate les tragédies qui se sont déroulées au Lubanda, les luttes intestines et les immondes actes de violence y perpétrés servant de toile de fond à un amour désespéré qui hante toujours le narrateur.


    Il est difficile de faire un commentaire sur ce livre dans la mesure où je lui reconnais objectivement des qualités (évocation de la terre africaine, réflexion sur l'aide humanitaire et son aspect paternaliste, tristesse des amours impossibles) mais où je n'en ai pas apprécié la lecture, restant spectatrice et n'ayant que rarement le sentiment d'être impliquée, ceci étant sans doute dû au fait que le thème principal ne me passionnait pas. Si ce roman était le premier que je lis de Thomas H. Cook, il ne me donnerait pas envie d'en lire d'autres, alors que dans l'ensemble, j'ai beaucoup aimé tous ses autres livres. Auteur à découvrir donc si vous ne le connaissez pas, mais peut-être pas par le biais de ce "Dancer in the Dust"... D'autres idées ci-dessous smile

    Du même auteur: 

    Dernière conversation avec Lola Faye

    La vérité sur Anna Klein

    L'étrange destin de Katherine Carr

     

     


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  • Secrets et mensonges *****

    "You were perfect, unblemished. Innocent of ill thought, with a light that radiated from you like sunlight. You brought meaning to everything, and, with you in it, my world had become a warmer place. Until I went and ruined it all."

    Sur l’île de Wight cette année-là, le Nouvel An commence par une tragédie : pendant cette nuit de fête, la petite Daisy a mystérieusement disparu de son berceau. Elle était sous la surveillance de sa tante, Jess, que les parents de l’enfant, James et Emily, retrouvent inconsciente à leur retour de soirée, dévastée et incapable d’expliquer ce qui est arrivé au bébé.

    Daisy et Jess sont toutes deux les « petites sœurs » auxquelles se réfère le titre. Daisy est la demi-sœur de Chloé, quinze ans, fille de James et de sa première épouse, décédée lorsque Chloé était toute petite, et Jess est la jeune sœur d’Emily, qu’elle a retrouvée après une longue séparation dont les causes nous seront dévoilées par petites touches. A partir de la disparition de Daisy, Isabel Ashdown explore la dynamique de cette famille pas tout à fait comme les autres, dont les apparences pourtant normales ne résisteront pas au drame et qui implosera peu à peu, au fur et à mesure que les révélations en secouent les fondations…

    « Little Sister » est un suspense psychologique que l’on a du mal à lâcher malgré le peu d’action à proprement parler. L’alternance des points de vue d’Emily et de Jess, le double mystère de ce qui est arrivé à Daisy et, il y a bien longtemps, à Jess, et enfin la divulgation progressive des petits et grands secrets de chacun, assurent l’intérêt du lecteur jusqu’à la fin : il découvre des fragments de passé sans jamais vraiment savoir qui est fiable ou pas. Par ailleurs, l’auteure parvient à créer un climat proche de la claustrophobie dans la maison de l’enfant disparu, décrivant de manière convaincante la souffrance de chacun des membres de la famille.

     

    Un thriller psychologique de qualité, qui donne envie de découvrir à la fois l’île de Wight et d’autres romans d’Isabel Ashdown… 


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  • Ultra moderne solitude ****

    « Les heures souterraines », ce sont deux histoires de vies, celle de Mathilde et celle de Thibault. Ils ne se connaissent pas  -mais peut-être se croiseront-ils un jour ?- mais leur détresse est étrangement similaire, fût-ce pour des raisons différentes.

    Mathilde élève seule ses trois enfants et a une vie professionnelle réussie jusqu’au jour où son supérieur la prend en grippe pour une futilité. La dégradation est insidieuse mais terriblement réelle, au point que quelques mois suffisent pour que Mathilde se retrouve au bord de l’abîme : « Combien de fois a-t-elle pensé qu’on pouvait mourir de quelque chose qui ressemble à ce qu’elle vit, mourir de devoir survivre dix heures par jour en milieu hostile ? »

    Thibault est quant à lui médecin et son quotidien, ce sont les Urgences Médicales de Paris. Son métier le met en contact permanent avec les oubliés des villes, ceux qui parfois appellent un médecin seulement pour avoir quelqu’un à qui parler. Au moment où nous le rencontrons, il se prépare à vivre une rupture sentimentale avec Lila, parce que «il avait compris que rien ne pourrait vivre ni grandir entre eux, rien ne pourrait s’éteindre ni s’approfondir et qu’ils resteraient là, immobiles, dans la surface molle des histoires éteintes. »

    Delphine de Vigan écrit magnifiquement bien et nous fait partager quelques mois de vie de ces deux êtres à la dérive, que l’on a envie de voir émerger malgré ce qui les broie. Elle dresse un portrait sans concession du monde de l’entreprise (« elle se demande <…> si l’entreprise, dans ses rituels, sa hiérarchie, ses modes de fonctionnement,  n’est pas tout simplement le lieu souverain de la violence et de l’impunité ») et de la ville, personnage à part entière du roman, dans les entrailles de laquelle on a parfois envie de capituler (« Et la ville, de son fracas, couvre les plaintes et les murmures, dissimule son indigence, exhibe ses poubelles et ses opulences, sans cesse augmente sa vitesse. »).

    Un très beau roman sur les solitudes modernes que je vous recommande.

     

    Du même auteur: Rien ne s'oppose à la nuit


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