• Je t'aime« Une famille recomposée, c’est comme une greffe : on ne sait jamais si ça va prendre. » ****

    Et pourtant, cette famille recomposée a l’air de fonctionner plutôt bien à première vue. Après son veuvage, Simon a rencontré Maude, divorcée et mère de deux enfants, et vit maintenant chez elle avec sa fille de dix-huit ans, Alice. Mais il suffit parfois de peu de chose pour faire basculer des destins à la manière d’un jeu de dominos. En l’occurrence, c’est un petit mensonge par omission qui sera à l’origine des drames à venir. Rien de grave, a priori : Maude a simplement voulu apaiser les tensions entre Alice et elle en ne révélant pas son petit secret… Après tout, il a  toujours été convenu entre elle et Simon qu'ils n'interviendraient pas dans l'éducation de leurs beaux-enfants et fumer discrètement un joint dans sa chambre, ça n’a jamais tué personne. A moins que…

    «Je t’aime», ce sont les destins de «quatre femmes dont les routes vont se croiser au gré de leur façon d’aimer parfois, de haïr souvent» : Maude, Solange, Nicole, Alice. Le roman commence d'ailleurs par les circonstances dans lesquelles les trois premières ont prononcé ces trois mots devenus à la fois communs et extraordinaires. A partir d’une situation somme toute banale et de tranches de vie dans lesquelles chacun reconnaît ses sentiments ou ses réactions à un moment ou l’autre, Barbara Abel tisse un récit diabolique qui va crescendo. Le moteur commun des actes de chacun ? L’amour, «une puissance dont la force est capable de faire ou défaire un destin», et son corollaire, la haine, car bien sûr, on peut très vite basculer de l’un à l’autre, surtout lorsque l’on touche à nos enfants…

    Une écriture fluide et agréable, un rythme soutenu et une intrigue bien menée : un bon roman à suspense à emporter dans votre valise cet été…


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  • The Word Is MurderClassique... et innovateur *****

    J’avais un a priori favorable à l’égard d’Anthony Horowitz dans la mesure où sa série «Alex Rider» a procuré de belles heures de lecture à mes fils et où j’avais apprécié la série «Injustice», dont il a écrit le scénario. La découverte d’un roman «adulte» est une autre histoire et je n’étais dès lors pas trop sûre de ce que j’allais découvrir. Mission accomplie : j’ai en effet passé un excellent moment avec «The Word Is Murder» et je me réjouis déjà de découvrir d’autres romans policiers de cet auteur.

    Le point de départ est séduisant, jugez plutôt : une femme se rend dans une entreprise de pompes funèbres pour régler les détails de ses propres funérailles… et est assassinée quelques heures plus tard. Je reconnais que "séduisant" n'est certes pas l'adjectif le plus adéquat mais l'idée a en tout cas éveillé mon intérêt (macabre). Diana Cowper était une femme riche, mère d’un acteur célèbre et vivant seule avec son chat : aucune raison évidente de finir étranglée, si ce n’est une seule zone d’ombre dans sa vie. Un tragique accident de la route, il y a presque dix ans, qui pourrait être lié à ce meurtre autrement inexplicable…

    Lorsque comme moi, on est un habitué des romans policiers, il est difficile de pouvoir les qualifier d’innovateurs ou d’originaux, même si on les a appréciés. «The Word Is Murder» mérite cependant ces qualificatifs, malgré une énigme qui n’a rien à envier aux grands classiques. En effet, l’enquête est menée non seulement par un détective, Hawthorne, mais également par Anthony Horowitz lui-même, devenu narrateur de son propre roman  – avec un clin d’œil appuyé aux duos Poirot/Hastings et Holmes/Watson.

    Parallèlement à la résolution de l’intrigue, le lecteur va donc suivre l’élaboration du livre qu’il a entre les mains, Hawthorne ayant réussi à convaincre Horowitz, réticent, de l’accompagner dans son enquête et consacrer un roman policier à cette affaire criminelle  – dont il ne sait pas encore si elle sera résolue. Une sorte de mise en abyme où Horowitz est son propre personnage, nous parlant d’Alex Rider, décrivant un rendez-vous avec Steven Spielberg et Peter Jackson ou encore nous expliquant comment il a choisi le titre du roman…

    Un jeu de miroirs intelligent et un point de vue original, au service d’une énigme qui m’a rappelé les délicieux moments passés dans ma jeunesse à essayer (vainement) de résoudre les mystères d’Agatha Christie... Un roman qui devrait plaire aux nostalgiques de la Reine du Crime et que je vous recommande.

     

    Du même auteur: 

    Comptine mortelle

     


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  • Un soufflé qui retombe **

    Je tiens à préciser d’emblée que ma chronique ira sans doute à l’encontre de l’avis de nombreux lecteurs. J’ai d’ailleurs cru à l’entame de «The Wife Between Us» («Une femme entre nous») que je passerais un délicieux moment dans le genre «Gone Girl» ou «Girl in the Train»  – cette période de corrections scolaires n’étant pas propice à la découverte d’un Nobel de Littérature.

    Les premiers chapitres ont d’ailleurs parfaitement rempli le contrat : sans qu’il se passe vraiment grand-chose, l’histoire se lit avec fluidité et le lecteur se laisse emporter par  l’histoire de Nellie, jeune institutrice sur le point d’épouser son prince charmant, et, en alternance, le récit de Vanessa, épouse délaissée qui souhaite mettre tout en œuvre pour contrarier le mariage de son ex. J’ai même été ravie de me laisser avoir par un « twist » que je n’avais pas soupçonné  – des chroniqueurs de la version originale l’avaient quant à eux vu venir, ce qui indique soit qu’il n’est pas si surprenant, soit que je suis encore moins subtile que je ne le pensais.

    Il est difficile d’en révéler davantage sans spoiler, aussi me contenterai-je d’essayer d’expliquer le pourquoi de ma déception en refermant ce livre. Des surprises et des révélations, vous en aurez tout au long du récit  – même si à certains moments, j’avais l’impression de tourner en rond – mais c’est peut-être précisément là que le bât blesse : j’ai eu l’impression qu’à force de vouloir assurer le suspense, les auteures en faisaient un peu trop, au point de nuire à la crédibilité de l’ensemble. Certaines intrigues secondaires sont soit inutiles, soit insuffisamment développées et les derniers rebondissements font appel à des coïncidences improbables au point d’être irritantes.

    Cela dit, je suis sûre que ce livre fera le bonheur de nombreux lecteurs sur les plages cet été et c’est peut-être moi qui, à force de lire des romans policiers, deviens de plus en plus difficile… ou simplement rabat-joie. J’assume smile


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  • Les fantômes de Manhattan / GhostheartLes fantômes de Manhattan / Ghostheart Parution le 7 juin 2018 aux éditions Sonatine

    “There are these moments <…> when everything you have done, everything you believe you’ve worked towards comes to nothing. How shallow can it all be? How many lives are spent waiting for something to happen, only to end with nothing happening at all? There must be a hundred million people out there feeling what I’m feeling now. Hollow. Inconsequential.” *****

    Annie O’Neill est une jeune femme discrète et solitaire, qui voue une passion sans bornes aux livres, « with their totality of words, with their myriad silent voices, with the pictures that each paragraph and sentence, each phrase and clause inspired.” Elle mène une vie tranquille dans sa petite oasis, « The Reader’s Rest », la librairie qu’elle gère en plein cœur de Manhattan, jusqu’à ce qu’elle reçoive la visite de deux hommes, presque simultanément : le séduisant David Quinn, à qui elle osera ouvrir une part de son cœur fantôme, et un certain Robert Forrester. L’homme a bien connu feu les parents d’Annie  –mieux qu’elle-même, semble-t-il–, au point d’être en possession de lettres écrites par le père d’Annie à sa mère. Il lui remet également les premières pages d’un mystérieux manuscrit, dont il souhaite discuter lors de ses prochaines visites.

    Le manuscrit raconte la vie d’un certain Harry Rose et à travers son existence mouvementée, le lecteur feuillette quelques pages sanglantes de l’Histoire : les années d’enfance à Auschwitz, l’ultra violence des gangs des années soixante. Annie est captivée par cette histoire et ne tarde pas à comprendre qu’elle a des résonances dans le présent…

    Roman d’atmosphère et tragédie mêlant revanche et trahisons, « Ghostheart » est une réussite à tous points de vue : le style est brillant, les personnages complexes, l’histoire intéressante et émouvante. Ellory a réussi à écrire un roman noir, brutal par moments, mais dans lequel les sentiments sont très vivaces: l'amour filial, la solitude, les promesses de silence tenues, l'amitié, l'amour et ses violences diverses. En filigrane du récit, les fantômes de Manhattan, ces êtres dans lesquels nous reconnaissons des fragments de nous-mêmes : « Here were the lost and confused, the haunted and the broken, the loveless, the pained, the angry and exhausted. Here were the black and the white and every shade of grey between. The beginnings and the ends of humanity. The circle.”

    Un grand roman, que je viens de lire pour la seconde fois avec toujours autant de plaisir et que je vous recommande vivement.

    Du même auteur:

    Papillon de nuit

    Un coeur sombre

    Seul le silence

    Les anges de New York

    Mockingbird Songs


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  •  

    Un garçon d'Italie« J’aurais dû contempler ce visage jusqu’à la fin du monde, le monde est encore là et lui n’y est plus. J’ai eu cette pensée toute simple, que je ne sais pas énoncer autrement qu’avec des mots simples. La tristesse parfois est une régression. » ****

    Ce visage est celui de Luca, mort noyé dans les eaux de l’Arno. Celle qui nous parle de ce visage, c’est Anna, sa compagne depuis plusieurs années, alors qu’elle tente de faire face à l’absence, s’interrogeant sur tous ces moments, et surtout ces dernières minutes, que l’on n’a pas passés avec la personne aimée : « Comment ai-je admis de ne pas le contempler, le toucher, alors que je savais qu’il me serait soustrait pour l’éternité ? » A la souffrance du deuil s’ajoute bientôt celle du questionnement : lorsqu’elle se rend dans l’appartement de Luca, un nom inconnu sur la page d’un livre lui fait entrevoir un ailleurs qu’il avait gardé secret.

    Le récit d’Anna est interrompu par un deuxième narrateur, d’un autre monde cette fois : Luca, qui nous raconte la morgue, puis la descente sous la terre, l’obscurité froide, la dernière rose qui vient l’y accompagner alors que l’automne tombe sur Florence. Luca nous parle aussi de son amour pour Anna, celle qui a accepté qu’il garde son indépendance et même qu’il soit supporter de la Fiorentina mais à qui il n'a pourtant pu révéler une part essentielle de lui-même.

    Comme les affections sont rarement simples chez Philippe Besson, une troisième voix vient s’ajouter au récit : celle de Leo, jeune prostitué de la gare, « celui qu’on cache, celui qui est interdit de paraître », à qui Luca faisait l’amour sans jamais être son client. Leo n’a pas eu de place officielle dans la vie de Luca –il ne l’a d’ailleurs jamais discuté, acceptant d’être « ailleurs »– et pourtant, son chagrin transparaît tout aussi sûrement que celui d’Anna : « Le David de marbre n’est qu’une copie mais son regard distrait, jeté de son piédestal, et son bras replié comme un symbole de la grâce suffisent à me faire frémir. Il me faut ces moments, qui sont des moments d’éternité, pour ne pas crier. »

    Trois voix qui se mélangent harmonieusement pour un roman court et empreint de mélancolie, où l’on retrouve toute l’élégance littéraire de Philippe Besson et sa finesse dans l’analyse de sentiments complexes.

     

    Du même auteur: 

    Son frère

    Arrête avec tes mensonges

    Les jours fragiles

    Se résoudre aux adieux

    Un homme accidentel

     


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