• A Mother's ConfessionRegards de femmes *****

    J’avais hésité à lire « A Mother’s Confession », l’illustration et les phrases de couverture (« A heartbreaking story with a breathtaking twist », « a secret that will tear you apart ») me faisant craindre un roman à l’eau de rose exploitant sans vergogne le drame de la violence conjugale ; par ailleurs, j’avais lu récemment des romans traitant du même thème et décevants par leur manque de crédibilité (je pense notamment à « Behind Closed Doors »).

    Tel n’est pas le cas ici et à défaut d’être un prix Nobel de littérature, ce roman m’a beaucoup touchée et m’a captivée jusqu’au bout… ce qui n’était pas si simple puisque dès le début, nous savons que l’époux violent, David, est mort. Le récit sera dès lors basé non pas sur le suspense quant au dénouement de cette tragédie conjugale mais plutôt sur ses prémisses et ses conséquences. Deux voix s’opposent pour dresser un portrait de l’homme mort, de sa naissance à sa fin : celle d’Olivia, sa veuve et mère de sa petite Zoé, dans les jours et les semaines qui suivent ce qu’elle nomme pudiquement « the Tragedy », et celle d’Ivy, la mère de David, qui raconte les années d’amour et de dévotion consacrées à son enfant. Deux confessions maternelles qui, chacune à sa façon, décrivent l’enfant, le jeune homme, puis le monstre, et les années, heureuses ou effroyables, passées auprès de lui.

    Le lecteur suivra pas à pas les tentatives d’Olivia pour se reconstruire, de sa réclusion volontaire aux premières tentatives de retrouver une vie normale, et la vie d’Ivy, entre un mariage prématuré qui a sonné le glas de ses projets futurs et le deuil de son fils unique. Seul point commun entre les deux femmes : une profonde souffrance malgré leurs perspectives diamétralement opposées.

    J’ai trouvé ce roman très réussi dans la mesure où l’auteure maîtrise parfaitement ce double récit et où à aucun moment, il ne m’a paru difficile à croire  -même si certaines réactions défient le sens commun. L’auteure s’est visiblement bien renseignée sur le sujet de la violence domestique et sur son caractère insidieux : la lente descente aux enfers d’Olivia, jeune femme sensible et intelligente dont David ne fera plus qu’une ombre, est présentée de façon très réaliste et crédible et donne une approche très humaine de ce mécanisme effroyable. Une lecture émouvante, qui peut se lire comme un roman à suspense et que sa toile de fond hélas bien réelle et quotidienne pour certaines rend plus percutante encore.


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  • Helena Vannek« Combien d’hommes, somme toute, à qui Dieu fit miroiter le bonheur pour les ravager ensuite jusqu’aux racines ? » *****

    Cette épigraphe (citation d’Hérodote) laisse présager une histoire empreinte de tristesse et telle est effectivement l’impression qui se dégage dès l’entame du roman. Un récit simple de tragédies ordinaires dans la campagne flamande : une maman partie trop tôt, laissant trois orphelins dont la jeune Helena Vannek, un père en proie à un veuvage douloureux, un jeune garçon qui ne se remet pas de la mort de sa mère. Pour panser les plaies de Tobie, Théo Vannek a l’idée d'accueillir à la maison, en qualité d’apprenti, un jeune garçon, Guido, qui vient lui-même de vivre un drame familial et qui pourrait être un frère pour Tobie. Le cœur déjà meurtri d’Helena ne lui reste pas insensible (« Qu’est-ce qui nous attire tant dans le malheur des autres ? Qu’est-ce que cette avidité pour la cicatrice, les plaies ? Et cette rage contre ceux qui veulent les lécher à l’abri des regards ? ») et se prend d’un embrasement dont on sait qu’il ne pourra durer (« Et j’échangerais sans regret la tranquillité épaisse où je suis depuis des années pour l’alarme dans laquelle je vivais chaque fraction de ce temps-là. »).

    La vie quotidienne d’une jeune institutrice flamande avant la Seconde Guerre Mondiale, ses problèmes familiaux et ses émois amoureux… un tableau intéressant, certes, mais y a-t-il de quoi en faire un roman ? Ce serait sans compter la seconde partie du livre, à laquelle je ne m’attendais pas et qui donne à ce dernier des dimensions de tragédie : un autre récit, celui d’un fils qui découvre le journal intime de sa mère et qui, ce faisant, place le personnage d’Helena dans une tout autre lumière. Le roman prend alors son envol et, jusqu’alors récit ordinaire, se transforme en réflexion sur l’existence et ses trompe-l’œil, sur la mort aussi : « Il est possible que l’éternité  -loin de prolonger à l’infini notre vie monotone ainsi que nous l’espérons médiocrement-  tienne tout entière dans une ultime fulguration où l’esprit s’embrase à jamais. »

    « Helena Vannek » est un excellent roman dans lequel j’ai retrouvé les qualités déjà appréciées chez Armel Job : une bonne intrigue, un style élégant au service d’une réflexion douce-amère sur nos vies et ce qui en reste au bout du compte. Petit cadeau pour moi en tant que Liégeoise : la « couleur locale », qui m’a permis de reconnaître au détour d’une page l’école où j’ai grandi, le collège où j’enseigne, la gare de ma ville, un pont souvent traversé… Une belle lecture et un excellent auteur belge que je vous recommande sans hésiter…

     

    Du même auteur : 

    Et je serai toujours avec toi

    Tu ne jugeras point

    Les fausses innocences


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  • Notre petit secret"Toutes les histoires d'amour sont criminelles, et toutes les histoires criminelles sont de l'amour" ***

    Je remercie tout d’abord les éditions Hugo Thriller pour l’envoi de ce roman en échange d’une critique honnête.

    « Notre petit secret » est le premier roman de Roz Nay et se révèle être une agréable surprise.  Dès le début, le ton est donné : Angela Petitjean raconte son histoire, l’histoire de son premier grand amour… dans un commissariat, et comme elle le dit elle-même : « Cela ressemble au début d’une histoire d’amour, inspecteur. Mais nous savons tous les deux que l’histoire ne va pas dans ce sens. Elle va devenir beaucoup plus noire  -sinon, pourquoi la raconterais-je dans une salle de commissariat ? » Peut-être simplement parce que par un malencontreux hasard, l’actuelle épouse dudit premier amour a disparu…

    Angela raconte alors à l’inspecteur son histoire avec « HP », son âme sœur, celui qu’elle a aimé très jeune mais qui finira par en épouser une autre. Angela est une étrange narratrice, dont le lecteur ne sait jamais vraiment à quel point il peut lui faire confiance : manipulatrice ou femme en souffrance ? victime de machination ou coupable de vengeance ?... Ce que l’on sait par contre, sans l’ombre d’un doute, c’est comment l’histoire finira : « Le soir tombait quand nous sommes rentrées, et c’est là que j’ai su comment cette histoire allait tourner. Sur le lac, une vague sombre se préparait. Elle s’étirait, faisait jouer ses muscles. Elle allait bientôt déferler, se couler sous toutes les portes de la maison, filtrer par chaque fenêtre, jusqu’à ce que tous ses murs bleus virent au noir. L’univers entier allait lui tomber dessus, et j’étais la seule à le voir. »

    J’ai lu certains commentaires de lecteurs déçus par l’appellation « thriller » ou par une comparaison (qui n’a pas lieu d’être) avec Douglas Kennedy, le livre ayant reçu le prix du même nom. Je pense effectivement qu’il ne faut pas s’attendre à un thriller trépidant ou à un roman de Douglas Kennedy : « Notre petit secret » est plutôt un roman psychologique à suspense basé sur les amours adolescentes et le triangle amoureux, un huis-clos où les réactions des personnages sont plus importantes que l’action, et doit être lu en tant que tel. L’intrigue en elle-même est très simple et c’est la perspective narrative qui crée le doute et l’envie d’en savoir davantage. Un premier roman prometteur au style fluide et une lecture très agréable pour les vacances…

     


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  • The Good Daughter

    The Excellent Slaughter... *****

    La bien nommée Karin Slaughter fait partie de mes auteurs de prédilection depuis de nombreuses années maintenant, m’ayant procuré de délicieuses heures de frissons noirs grâce à ses séries mettant en scène Sara Linton (« Grant County Series ») et Will Trent. Intrigues bien ficelées, crimes aussi sordides que mystérieux (et parfaitement détaillés d’un point de vue anatomique arf), approche empreinte d’empathie, personnages terriblement humains, brisés parfois, qui deviennent presque des amis au fil des lectures : tout ce que j’attends d’un bon roman policier.

    J’ai donc abordé « The Good Daughter » avec l’enthousiasme de l’amateur et la crainte de la déception face à un roman encensé par la critique. Je vous rassure tout de suite : Karin Slaughter est au sommet de son art, nous offrant un roman captivant qui a toutes les qualités décrites ci-dessus.

    Alors qu’elles ne sont que des adolescentes, Charlotte et Samantha Quinn paient très cher les choix professionnels de leur père, Rusty, avocat des causes perdues : une agression d’une violence inouïe déchire leur famille et laisse des séquelles indélébiles. Vingt-huit ans plus tard, Charlotte, devenue avocate, se retrouve malgré elle au cœur d’une tragédie qui secoue Pikeville… tragédie qui va bien sûr faire ressurgir les fantômes épouvantables du passé.

    Je ne vous en révèle pas plus sur l’intrigue car Karin Slaughter nous mène de main de maître d’un événement à l’autre, avec un art du suspense consommé, et pour un plaisir de lecture optimal, il vaut mieux vous laisser emporter sans trop en savoir. Le roman alterne deux mystères palpitants  - assurant un rythme soutenu et un suspense permanent nuisant gravement aux tâches ménagères wink2- , avec un sens de la description impressionnant et des dialogues qui sonnent juste, au point de me donner parfois l’impression d’assister réellement à la scène (un plaisir tout relatif compte tenu de la noirceur de certaines d’entre elles wink2).

    « The Good Daughter » est un « stand alone » qui peut donc être lu indépendamment des autres romans de Karin Slaughter et je ne peux que vous le recommander chaleureusement, que vous connaissiez déjà l’auteure ou pas. A défaut de pouvoir lire en anglais, de nombreux romans des autres séries (à lire dans l'ordre) sont déjà disponibles en français...

    Du même auteur: The Kept Woman


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  • Premier roman prometteur mais sans plus... ***

    Parution en français: 28 septembre 2017

    «Eleanor Oliphant is Completely Fine» («Eleanor Oliphant va très bien») m’a tentée par les nombreux éloges reçus pour sa version originale, éloges émanant tant de la presse que de lecteurs et le présentant comme un livre qui provoquait tant des éclats de rire que des sanglots. Je n’ai quant à moi ressenti aucune de ces deux émotions, étant simplement tantôt amusée, tantôt touchée, et je suis donc nettement plus réservée que la plupart des autres lecteurs.

    Eleanor est une jeune comptable d’une trentaine d’années dont la vie est parfaitement réglée et sans surprises. Eleanor va bien, ou du moins le prétend-elle, mais le lecteur se rend vite compte que tel n’est pas le cas (à propos de son entretien d’embauche: «I turned up for the interview with a black eye, a couple of missing teeth and a broken arm <…> Perhaps he could also tell that I’d never need to take time off to go on honeymoon, or request maternity leave.» Sa vie sociale est inexistante, la seule compagnie du week-end étant sa bouteille de vodka, et au fil du récit, sa souffrance est de plus en plus perceptible : «There have been times when I felt that I might die of loneliness. <…> I ache, I physically ache for human contact  -I truly feel that I might tumble to the ground and pass away if someone doesn’t hold me, touch me. <..> If someone asks you how you are, you are meant to say FINE. You are not meant to say that you cried yourself to sleep last night because you hadn’t spoken to another person for two consecutive days. FINE is what you say." Sur cette vie de solitude profonde plane l’ombre de la mère d’Eleanor, qui a commis l’innommable et a fait de sa fille ce qu’elle est aujourd’hui. Une touche d’espérance cependant dans cette noirceur : une relation naissante avec Raymond, un collègue, dont les manières agacent souvent Eleanor mais qui sera le premier à lui manifester une réelle gentillesse…

    J’ai trouvé le début de ce roman très prometteur, le manque total d’adaptation sociale d’Eleanor donnant lieu à des réflexions à la fois humoristiques et émouvantes. Cependant, certaines de ces réflexions et situations m’ont paru un peu forcées et dès lors peu crédibles et la suite du roman n’a pas tenu les promesses des premiers chapitres. Mon intérêt pour l’histoire s’est maintenu mais je n’ai été ni captivée, ni surprise et au final, j’ai trouvé l’ensemble assez prévisible, ayant même anticipé une révélation (et pourtant, je ne suis pas particulièrement subtile quant à ce smile). Un roman plutôt bien écrit, qui se laisse lire avec aisance et plaira aux amateurs de «chick-lit » mais qui m’a laissée sur ma faim.


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