• La vie devant soi

    La vie devant soiPrix Goncourt 1975

    "Moi je souriais aussi, mais à l'intérieur j'avais envie de crever. Des fois je sens que la vie, c'est pas ça, c'est pas ça du tout." ****

    Face à la pléthore d’avis dithyrambiques, je ne pouvais pas passer à côté de « La vie devant soi », de Romain Gary, prix Goncourt de surcroît. Pourtant, je dois bien avouer que je suis un peu restée sur ma faim -peut-être précisément en raison de ces attentes très élevées.

    L’histoire tout d’abord : la relation, tendre et émouvante, entre deux âmes un peu perdues, le petit Mohammed, dit « Momo », « fils de pute » au sens propre du terme (désolée, c’est lui qui le dit), et Madame Rosa, vieille Juive qui a survécu à l'horreur d'Auschwitz et qui s’occupe, moyennant paiement, de plusieurs enfants plus ou moins abandonnés par leurs mamans prostituées. Mais Madame Rosa dépérit de jour en jour et Momo fera tout pour qu’elle puisse finir sa vie chez elle, de la manière la plus paisible possible.

    « La vie devant soi » est un roman très particulier notamment en raison de son style : le langage est celui d’un gamin dont on ne connaît pas très bien l’âge, qui fait des fautes de français mais qui paradoxalement a un regard d’une grande lucidité sur le monde qui l’entoure. Ce choix littéraire m’a à la fois dérangée et séduite : dérangée par son aspect répétitif, qui a engendré une lassitude au bout de quelques dizaines de pages, séduite par des phrases fulgurantes de justesse, d’émotion ou de drôlerie parfois cynique : « Quand j’ai commencé à réclamer ma mère, Madame Rosa m’a traité de petit prétentieux et que tous les Arabes étaient comme ça, on leur donne la main, ils veulent tout le bras. »

    L’univers de Momo, c’est un monde où les repères ne sont pas tout à fait ceux d’un enfant : les prostituées sont « des personnes qui se défendent avec leur cul »,  la vie est avant tout précarité (« Je pense que pour vivre, il faut s’y prendre très jeune, parce qu’après on perd toute sa valeur et personne ne vous fera de cadeaux ») et le bonheur tout autant : « J’étais tellement heureux que je voulais mourir parce que le bonheur il faut le saisir pendant qu’il est là. ».

    J’avoue m’être ennuyée à l’un ou l’autre moment vers le milieu du livre, alors que le début était très engageant par son originalité et que mon intérêt a été ravivé vers la fin. Sous réserve de ces quelques longueurs et du style littéraire particulier, qui pourrait ne pas plaire à tout le monde en raison des fautes de français et de la vulgarité occasionnelle, « La vie devant soi » est cependant un livre profondément humain et original qui mérite le détour.

     

     

     


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