• La mort est mon métier

    La mort est mon métierLa banalité du mal *****

    «La mort est mon métier» m’a été recommandé il y a environ un an par l’une de mes élèves, alors âgée de 18 ans, comme un ouvrage sur l’Holocauste qui l’avait bouleversée. En le refermant, je ne peux que confirmer ce sentiment, auquel j’ajouterais mon incrédulité et mon effroi face à tant de cynisme.

    Le sujet n’est pas neuf et a été abordé avec brio dans plusieurs ouvrages récents (voir liens ci-dessous) mais «La mort est mon métier» (1952) présente une perspective différente des autres romans que j’ai pu lire sur le sujet. Le narrateur est un certain Rudolf Lang, dont l’auteur nous explique dans la préface qu’il s’agit de Rudolf Höss, commandant du camp d’Auschwitz, et le récit est composé de deux parties.

    La première, que j’ai trouvée un peu lente à se mettre en place, retrace l’enfance et la jeunesse de Rudolf, création pour laquelle l’auteur s’est basé sur les entretiens de Höss avec son psychologue. Nous y découvrons un père rigide qui destinait son fils à la prêtrise, un enfant en manque d’amour, un jeune homme qui brave les interdits pour aller se battre pour sa patrie alors qu’il n’a que quinze ans. Rien d’extraordinaire cependant, rien en tout cas qui laisse présager la terrifiante seconde partie  – basée quant à elle sur les documents du procès de Nuremberg.

    Rudolf est remarqué par ses supérieurs («un talent d’organisateur et de rares qualités de conscience») et ne tarde pas à gravir les échelons de l’infernale machine nazie. Couronnement suprême : il se voit chargé de la gestion d’un camp près du village polonais d’Auschwitz. But de l’opération: parvenir à augmenter le rendement en matière d’élimination des prisonniers et de gestion des cadavres.

    C’est dans cette partie que le livre prend toute sa force et tout son sens. Les Juifs ne sont plus que des «unités», les Juives les «femelles» d’une race à éradiquer de la manière la plus efficace possible. Au fil des pages, Rudolf Lang décrit l’organisation de cette mise à mort à grande échelle, de ses balbutiements (utilisation de gaz de camions, retard dans le traitement des corps) à son développement ultime. Rien ne nous est épargné:  ses visites dans d’autres camps pour y observer les erreurs qui peuvent ralentir les objectifs fixés par le Führer, son immonde satisfaction lorsqu’il a l’idée d’utiliser le gaz Zyklon B («le résultat de l’expérience dépassait mon espoir») et de construire des fours au lieu des fosses où l’on brûlait les cadavres.

    L’impact terrible de cette «biographie» réside dans la personnalité glaçante de son narrateur : un personnage, a priori banal, qui n’a plus aucune humanité ni moralité, sans aucune autre raison que la soumission aux supérieurs, et qui justifie d'ailleurs son comportement par l’obéissance aux ordres, quels qu’ils soient («je n’ai pas à m’occuper de ce que je pense. Mon devoir est d’obéir.»), au point d’admettre qu’il tuerait son enfant si son supérieur l’ordonnait.

    Une lecture difficile voire insoutenable, vous l’aurez compris, mais une littérature nécessaire au devoir de mémoire et une réflexion sur la «banalité du mal» dont parlait Hannah Arendt.

     

    Sur des sujets similaires:

    Sébastien Spitzer, Ces rêves qu'on piétine

    Olivier Guez, La disparition de Josef Mengele

    Heather Morris, Le tatoueur d'Auschwitz


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :