• Camille, mon envolée

    Le cri

    «Depuis mon cœur crevé je vais faire ça, raconter ta mort, ta maladie, ton agonie. Du jeudi 19 au lundi 23 décembre ; quatre jours, trois p’tits tours et puis s’en vont. Je vais relater dans le détail ta lutte, ton combat, blitzkrieg, parce que, putain, qu’est-ce que tu as été forte dans cette traversée de la fièvre et de la douleur ». *****

    Une phrase de Christian Bobin ne m’a pas quittée lors de cette lecture bouleversante : «L’écriture, c’est le cœur qui éclate en silence». Tout au long de ces pages de douleur, on a l’impression de voir éclater peu à peu le cœur de la narratrice, Sophie, dont la fille Camille est emportée à l’âge de seize ans par une maladie foudroyante, en quatre jours seulement. Sophie raconte l’enfer, et puis l’après : les jours terribles jusqu’à l’enterrement, les quelques mois qui ont suivi. Elle raconte aussi Camille, au point que l’on a l’impression de la voir vivre sous la plume de sa mère, avec sa blondeur, ses yeux bleus, sa joie de vivre, ses habitudes d’adolescente.

    Dès le début, l’auteure promet à sa fille d’éviter «le sirop de deuil un peu gluant, poème pompeux, élégie larmoyante» pour «inaugurer ton outre-vie» et elle y réussit parfaitement. La nature même de ce récit pourrait aisément le faire basculer dans le pathos mais tel n’est pas le cas ici. C’est une douleur authentique, insoutenable, qui frémit à chaque page tout en restant pourtant sobre et pudique.

    Sophie Daull écrit magnifiquement bien et parvient de ce fait à élever le témoignage au rang d’œuvre littéraire, alliant la magie de l’écriture à la force de la tragédie vécue. Le roman a à la fois les résonances de la vraie vie (l’après-deuil, les formalités concrètes à régler, l’annonce terrible à faire aux amis) et celles de la littérature ("te redonner de la lumière, nous aveugler toutes les deux dans le scintillement de la mer en allée avec le soleil. Elle est trouvée, l’éternité. Rimbaud est mort ici, tu sais.")

    Je ne suis pas une habituée des livres-témoignages et je m’étais dit à l’entame de cette lecture que quoi qu’il en soit, je ne pourrais rédiger de chronique négative d’un récit à ce point taillé dans la douleur. La question ne se pose pas, j’ai été happée par ce roman de bout en bout, le lisant presque d’une traite avec une boule dans la gorge et, fait rarissime, le finissant en larmes. J’avais été bouleversée il y a bien longtemps par «Tom est mort» de Marie Darrieussecq et j’ai retrouvé dans «Camille, mon envolée» cette même émotion terrifiante que l’auteur transmet au lecteur. De manière très significative, les deux mères narratrices font d’ailleurs référence à la même œuvre artistique pour se décrire au cœur de la douleur : «Le cri » de Munch…

    Une œuvre très forte, vous l’aurez compris, et qui ne laisse pas indemne.

     

     

     

     

     

     


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