• Beaux rivages

    Beaux rivages« Je ne crois pas que l’on puisse mourir d’amour, mais sa perte nous éteint et nous devenons sans lui des pierres sèches, grises. »  ****

    «Beaux rivages» relate une histoire d’une grande banalité : celle d’une rupture amoureuse et surtout de « l’après ». Alors que la narratrice, A., vivait une histoire d’amour intense avec Adrian depuis huit ans, il lui fait part de sa rencontre avec une autre femme et de son choix de mettre un terme à leur relation. A. n’a rien vu venir et ce sont des pans entiers de son univers qui s’écroulent, ne laissant d’elle qu’un cœur pulvérisé.  Commence alors le récit des mois qui suivent : la longue lutte pour ne pas perdre pied, l’addiction masochiste au blog de sa rivale, l’espoir que tout n’est pas fini, les fragments d’une forme de renaissance.

    Un récit banal dans lequel il ne se passe pas grand-chose, il faut bien le reconnaître, et qui pourtant parvient emmener son lecteur, l’espace de quelques heures, dans une tranche de vie qui fait écho à nos propres vécus. Le terme «lectrice» serait plus adéquat car il s’agit avant tout d’un roman de femme, d’un cri de femme devrais-je dire : Nina Bouraoui y dissèque la souffrance intense d’une amoureuse abandonnée, avec une précision clinique et une sensibilité à fleur de peau. Le chagrin d’amour est prétexte à une réflexion plus large sur le bonheur, la passion amoureuse, les abandons antérieurs ravivés par celui de l’être aimé, et aussi sur les sentiments et leur force à double tranchant (« Je lui fais promettre de ne jamais craindre les sentiments, ces rivages que l’on accoste sans en mesurer le danger ni la beauté. »).

    Mention particulière pour l'épigraphe, ces quelques vers magnifiques de Yeats:

    "Même si le grand chant ne doit plus reprendre

    Ce sera pure joie, ce qui nous reste:

    Le fracas des galets sur le rivage,

    Dans le reflux de la vague."

    Un roman doux-amer, servi par une belle écriture et dans lequel bon nombre d’entre nous se reconnaîtront à un moment ou l’autre de leur vie : «si les êtres échouent à se relier par la douceur, ils partagent un territoire commun: celui de la défaite amoureuse. Les larmes rassemblent davantage que les baisers.»

     

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