• Antispéciste

    De l'humilité à la honte, une réflexion morale passionnante *****

    « Antispéciste »  est un livre que l’on referme avec un sentiment d’urgence, celui de tout effacer et de remettre sur pied une société à l’agonie, malade de sa vacuité et de son anthropocentrisme. Le titre et la personnalité médiatique de l’auteur pourraient laisser penser qu’il s’agit d’un plaidoyer pour les animaux mais ceci n’est que partiellement vrai, tant l’ouvrage va au-delà de cet aspect. Il a le mérite d’allier sensibilité, réflexion d’ordre intellectuel, philosophie morale et projet politique, servi en cela par un discours clair, intelligible et intelligent, sans fioritures.  

    Ce livre peut être qualifié de révolutionnaire en ce sens qu’il bouscule les idées reçues auxquelles nous avons été biberonnés depuis toujours et dont nous ne sommes même plus conscients qu’elles nous ont été imposées. Il engendre un changement de perspective aussi radical que le fut la révolution copernicienne, grâce à une analyse qui ne peut qu’interpeller à défaut hélas de convaincre tout le monde.

    Aymeric Caron a parfaitement saisi et exprimé, pour les avoir éprouvées, l’indignation et la douleur des amis des animaux, peu compréhensibles pour certains. A propos de la mort du lion Cecil et des massacres de dauphins aux îles Féroé, il écrit ceci : « La flèche qui a transpercé les muscles de Cecil nous a frappés au cœur, et les lames qui découpent la chair des cétacés s’enfoncent dans notre peau. Nous sentons les couteaux qui sanctionnent nos nerfs. La détresse de ces animaux est la nôtre. Nous ne voyons pas les cadavres d’anonymes représentants de l’espèce « dauphins » et de l’espèce « lion ». Non, nous nous émouvons devant des mamans et des bébés massacrés, nous rendons hommage à un chef de tribu assassiné ».

    Outre cette profonde compassion à laquelle on pouvait s’attendre, «Antispéciste» suscite une réflexion d’ordre moral et intellectuel passionnante,  illustrée notamment par le célèbre et fascinant dilemme du tramway. L’ouvrage est d’une grande richesse, aidé en cela par des références à de grandes figures connues ou moins connues, que ce soient Schopenauer, Théodore Monod, Henry David Thoreau ou encore Elisée Reclus, suscitant ainsi l’envie d’en savoir plus et de lire ces auteurs.

    Le contenu est trop dense pour être résumé aisément et je me bornerai dès lors à partager  quelques réflexions qui m’ont paru essentielles :  le parallélisme entre le spécisme (discrimination à l’égard des autres espèces sans justification, du seul fait qu’elles ne sont pas la nôtre) et d’autres injustices profondes tels le racisme ou l’esclavagisme, les chiffres terrifiants de l’exploitation animale sous toutes ses formes, une réflexion sur l’absurdité d’une société qui porte aux nues ses dieux du stade, une dénonciation du consumérisme excessif (« Les biens que l’on achète, dès lors qu’ils ne répondent pas à des besoins essentiels, ont surtout deux fonctions : nous faire exister socialement, et nous consoler du vide de notre quotidien. ») ou encore la critique d’un système capitaliste servi par des « politicards inintéressants » et qui broie tant les hommes que les animaux non humains, courant ainsi aussi sûrement à sa perte que la civilisation de l’île de Pâques.

    «Antispéciste» nous fait osciller entre la honte de ce que nous infligeons (directement ou par nos comportements de consommateurs) et l’humilité de nous souvenir qu’indépendamment de notre arrogance et de notre « propre importance imaginée » (Carl Sagan), nous ne sommes dans l’univers qu’un « point bleu pâle ». Face au terrifiant constat d’échec de notre système (« Notre monde crève d’un sérieux d’autant plus pathétique qu’il fait semblant de croire à la solennité qu’il s’est inventée »), Aymeric Caron propose un bouleversement radical mais plein de bon sens de notre (dys)fonctionnement, avec en ligne de mire la seule chose qui vaille la peine : par l’intelligence du cœur, la réconciliation de l’homme, de l’animal et de la nature. Car après tout, « l’humanité ne s’est embellie qu’au rythme des révoltés »

    Un ouvrage d’une grande richesse morale et didactique, qui satisfera tant la curiosité intellectuelle que la sensibilité blessée et que je vous recommande vivement.

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  • Commentaires

    1
    Abdeutschramon
    Mardi 11 Juillet à 06:21

      Vielen Danke...Agréablement surpris par tant de  "Lucidité" , je n'ai pas du tout la prétention d'y ajouter quoi que ce soit... je reprendrais seulement vos formidables idées que je n'ai lu nulle part : "" Notre Monde crève d'un sérieux d'autant plus pathétique qu'il fait semblant de croire à la solennité qu'il s'est inventée ! "Bravo !

      • Jeudi 13 Juillet à 21:11

        Merci beaucoup pour votre retour ! Les idées d'Aymeric Caron sont en effet à la fois innovantes et passionnantes et il dispose en outre du talent littéraire pour les exprimer de manière percutante. La phrase que vous épinglez en est un excellent résumé...

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