• Skin Deep« I wondered when rigor mortis would set in, or if it already had. » *****

    C’est par cette réjouissante entrée en matière que commence le nouveau roman de Liz Nugent, “Skin deep”, dont le titre est expliqué dès l’épigraphe : «Beauty is only skin deep, but ugly goes clean to the bone.» 

    Cordelia Russell vit sur la Riviera française depuis de nombreuses années. Nous la découvrons au début du roman comme une femme d’âge mûr qui a manifestement connu des revers de fortune  - l’un des plus préoccupants étant, à ce moment précis, la présence d’un cadavre dans son appartement.

    L’auteur revient alors sur l’enfance de celle qui s’appelait alors Delia O’Flaherty, née sur la petite île d’Inishcrann. Une enfant d’une beauté remarquable, idolâtrée par son père au point qu’il en néglige sa mère et ses frères, et qui comprendra très vite l’usage qu’elle peut tirer de son physique parfait. Car la beauté extérieure de Delia n’a d’égale que sa laideur intérieure : narcissique, incapable d’aimer qui que ce soit, ne recherchant la compagnie des autres que pour ce qu’ils peuvent lui apporter, Delia est une anti-héroïne à chaque étape de son parcours mouvementé. Le genre de personnage que l’on adore détester et qui rendrait n’importe quel homme misogyne… Si vous aimez éprouver de l’empathie pour vos héros, rassurez-vous, il y aura matière à compassion chez les personnages secondaires qui croisent son chemin…

    Le récit biographique de Delia  -qui deviendra Cordelia, clin d’œil à la fille chérie du roi Lear-,  est entrecoupé de légendes  insulaires que lui racontait son père, plus atroces les unes que les autres, et qui contribuent à créer une atmosphère particulière. Par ailleurs, la mer est omniprésente, presque un personnage à part entière, meurtrière lorsqu’elle ne rend pas les corps des pêcheurs, sauvage lorsqu’elle isole l’île, vitale pour Delia qui ne peut rester loin d’elle.

    «Skin deep» est un suspense psychologique bien mené, qui se lit pratiquement d’une traite, et qui réserve l’une ou l’autre surprise vers la fin, après une tension savamment construite. Le genre de livre que l’on termine en se disant « ah ben mince alors… » smile

     

    Du même auteur: Oliver ou la fabrique d'un manipulateur


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    « Le cauchemar  -qui devait durer vingt-cinq ans-  commença donc sous la forme de deux jeunes filles en robe blanche. Ce matin-là, le ciel pluvieux se déployait en nuances de gris, allant du gris perle à des nuées noires qui accouraient par l’ouest, un ciel sans miséricorde, qui ne disait que l’absence d’espoir. » *****

    En 1993, deux sœurs, Ambre et Alice, sont retrouvées mortes au bord de la Garonne, vêtues de robes de communiantes, leurs cadavres attachés à deux troncs d’arbre. Cette mise en scène aussi cruelle que macabre n’est pas sans évoquer un roman à succès, La communiante, écrit par un certain Erik Lang : un écrivain connu pour la noirceur et la perversité de ses récits et dont les deux adolescentes étaient des fans inconditionnelles…

    Martin Servaz est alors un jeune policier sans expérience et sa première grande affaire criminelle lui laisse un goût amer : la résolution du double meurtre ne le satisfait pas entièrement et il reste convaincu que les pièces ne s’emboîtent pas comme elles le devraient. La mort tragique d’une femme vingt-cinq ans plus tard le confortera dans cette certitude : en effet, la victime n’est autre que l’épouse actuelle d’un certain Erik Lang et son décès est à tout le moins… atypique.

     

    Après l’excellent « Nuit », Bernard Minier poursuit sur sa lancée avec ce dernier opus de la pentalogie Martin Servaz. Le lecteur pourrait craindre un essoufflement mais tel n’est pas le cas ici car l’auteur a l’intelligence de se renouveler tout en conservant les ingrédients qui ont fait le succès de la série : le style littéraire, plus soigné que dans la majeure partie des thrillers, une intrigue complexe, un personnage principal qui se révèle davantage à chaque roman (à cet égard, je vous conseille de les lire dans l’ordre pour un plaisir optimal, même si ce n’est pas indispensable à la compréhension de l’intrigue).

    L’idée de revenir sur les débuts de Martin est ingénieuse non seulement parce qu’elle explique le lien entre les deux enquêtes mais également parce qu’elle permet un éclairage complémentaire sur sa personnalité : la mort de son père, les débuts de sa carrière et de son mariage, alors que Margot n’a que deux ans. La seconde enquête permet quant à elle de retrouver Martin tel que nous l’avons quitté dans « Nuit », alors qu’il s’occupe du petit Gustav.

    En faisant d’un romancier l’un de ses personnages principaux, Bernard Minier propose également une mise en abyme intéressante et aborde des thèmes aussi variés que la création littéraire, le lien entre fiction et réalité, la relation entre un auteur et ses lecteurs. Ce qu’il écrit à propos de Lang («il devait bien reconnaître à l’écrivain un certain talent pour restituer les atmosphères les plus sinistres, planter un décor, évoquer une forêt, une lande, un crépuscule descendant sur une colline ou sur une ferme en ruine, tout un théâtre d’ombres à la puissance d’envoûtement indéniable») pourrait tout aussi bien s’appliquer à ses propres récits… même si l’on ne peut qu’espérer que la comparaison s’arrête là J 

    Enfin, le récit est émaillé çà et là de réflexions pertinentes sur les changements et aberrations de notre société, que ce soient la folie autodestructrice de l’humanité («mille éclairages urbains qui épuisaient généreusement les ressources de la planète au profit de quelques citadins debout»), son attitude face aux animaux exotiques («au lieu de les laisser évoluer peinards dans leur milieu naturel, on les voulait dans son salon, dans sa chambre à coucher, dans son garage, enfermés dans des cages ridicules») ou encore les nouvelles technologies qui rapetissent le monde et en font «un monde livré à l’instantanéité, au jugement des autres, à la pensée unique et à la délation».

    Une lecture fluide et un très bon roman policier, dans la lignée des précédents : une pentalogie à découvrir absolument si vous ne la connaissez pas encore.

    Je remercie XO Editions pour l'envoi de cet ouvrage en échange d'une critique honnête.

    Du même auteur: 

    N'éteins pas la lumière

    Nuit


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    La disparition de Joël Dicker *

    Faisant partie des lecteurs enthousiastes de «La vérité sur l’affaire Harry Québert», j’attendais avec impatience la sortie du nouveau roman de Joël Dicker. Et je ne comptais pas me laisser intimider par la critique assassine du journal Le Monde, qui parlait de « littérature introuvable » et que je soupçonnais fortement de snobisme intellectuel.

    Je me suis donc jetée sur «La disparition de Stephanie Mailer» comme un enfant sur un pot de mousse au chocolat… avant de déchanter rapidement.

    Quelques mots sur l’intrigue tout d’abord… Alors qu’il est sur le point de mettre un terme à sa carrière de policier, Jesse Rosenberg reçoit la visite d’une journaliste, Stephanie Mailer, qui lui affirme qu’il s’est trompé de coupable lors d’une enquête en 1994. Pas n’importe laquelle : un quadruple meurtre qui a secoué la petite station balnéaire d’Orphea, le soir de la première du festival de théâtre. Jesse n’y aurait peut-être pas prêté attention si Stephanie n’avait pas subitement disparu dans des circonstances mystérieuses… Que signifiaient les messages relatifs à la «Nuit noire» diffusés à l’époque et surtout, comment va se dérouler le 20ème  anniversaire du festival à Orphea ?

    Il faut avouer que le pitch est séduisant et l’idée de base plutôt bonne. Hélas, j’ai été déçue au point de me demander si  je lisais bien ce même auteur qui m’avait enchantée précédemment. Le roman est bourré d'invraisemblances, de poncifs et de clichés, que ce soient les situations ou les personnages  -certains sont même grotesques au point d’être prodigieusement agaçants. Par ailleurs, de nombreux dialogues sonnent faux et s’il y a de multiples rebondissements et changements de narrateurs, on frôle souvent la caricature dans les scènes évoquées. J’avais même deviné ce qui se cachait derrière la phrase énigmatique laissée par Stephanie, «Ce que personne n’a vu»… ce qui démontre bien qu’il ne faut pas être un génie de la déduction smile

    Une grosse déception donc, et un seul conseil si vous ne connaissez pas Joël Dicker : ne le jugez pas sur ce roman et précipitez-vous plutôt sur «La vérité sur l’affaire Harry Québert», dont j’ai par contre gardé un excellent souvenir.

     

     


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  • Juste avant la nuit"Tu étais parfaite, pure de corps et d'esprit. de toi émanait une lumière pareille à celle du soleil. Tu donnais un sens à toute chose. Depuis que tu l'habitais, mon univers était devenu plus vivable. Puis un jour, j'ai tout gâché."

     

    Secrets et mensonges *****

    Sur l’île de Wight cette année-là, le Nouvel An commence par une tragédie : pendant cette nuit de fête, la petite Daisy a mystérieusement disparu de son berceau. Elle était sous la surveillance de sa tante, Jess, que les parents de l’enfant, James et Emily, retrouvent inconsciente à leur retour de soirée, dévastée et incapable d’expliquer ce qui est arrivé au bébé.

    Daisy et Jess sont toutes deux les « petites sœurs » auxquelles se réfère le titre original, "Little Sister". Daisy est la demi-sœur de Chloé, quinze ans, fille de James et de sa première épouse, décédée lorsque Chloé était toute petite, et Jess est la jeune sœur d’Emily, qu’elle a retrouvée après une longue séparation dont les causes nous seront dévoilées par petites touches. A partir de la disparition de Daisy, Isabel Ashdown explore la dynamique de cette famille pas tout à fait comme les autres, dont les apparences pourtant normales ne résisteront pas au drame et qui implosera peu à peu, au fur et à mesure que les révélations en secouent les fondations…

    «Juste avant la nuit» est un suspense psychologique que l’on a du mal à lâcher malgré le peu d’action à proprement parler. L’alternance des points de vue d’Emily et de Jess, le double mystère de ce qui est arrivé à Daisy et, il y a bien longtemps, à Jess, et enfin la divulgation progressive des petits et grands secrets de chacun, assurent l’intérêt du lecteur jusqu’à la fin : il découvre des fragments de passé sans jamais vraiment savoir qui est fiable ou pas. Par ailleurs, l’auteure parvient à créer un climat proche de la claustrophobie dans la maison de l’enfant disparu, décrivant de manière convaincante la souffrance de chacun des membres de la famille.

    Un thriller psychologique de qualité, qui donne envie de découvrir à la fois l’île de Wight et d’autres romans d’Isabel Ashdown… 


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  • Beartown / The Scandal"Late one evening toward the end of March, a teenager picked a double-barreled shotgun, walked into the forest, put the gun to someone else's forehead, and pulled the trigger. This is the story of how we got there." *****

     

    C’est sur la base des critiques extrêmement positives que j’ai entamé «Beartown» (également publié sous le titre «The Scandal») car je dois bien avouer que le hockey sur glace ne fait pas partie de mes centres d’intérêt. Et c’est grâce à certaines de ces mêmes critiques que j’ai poursuivi ma lecture, le début du roman me confortant  dans mon a priori: l’excitation précédant un match capital me laissait de glace (ce sera le seul jeu de mots pourri de ma chronique, c’est promis) et je n’avais pas particulièrement envie de suivre la carrière sportive des juniors de Beartown. Mais déjà, certains paragraphes, certaines tournures me faisaient regretter le choix du sujet car je pressentais que l’auteur pourrait me séduire.

    Encouragée par des commentaires de lecteurs qui avaient eux aussi été tentés d’abandonner et qui se réjouissaient de ne pas l’avoir fait, j’ai donc continué ma lecture… pour mon plus grand bonheur. En effet, le hockey n’est que prétexte à la description d’une petite communauté perdue dans la forêt, celle de Beartown, et surtout des êtres qui la composent : des personnages réalistes, tantôt insupportables, tantôt terriblement émouvants, des événements et des situations qui trouveront sans doute un écho en chacun d’entre nous : “All adults have days when we feel completely drained. When we no longer know quite what we spend so much time fighting for, when reality and everyday worries overwhelm us and we wonder how much longer we’re going to be able to carry on. The wonderful thing is that we can all live through far more days like that without breaking than we think. The terrible thing is that we never know exactly how many.”

    Une fois passée la mise en place des personnages et la description de cette communauté sans perspectives si ce n’est un succès sportif, il est difficile de lâcher ce roman: le style de Fredrik Backman (je fais référence à la traduction anglaise, ne maîtrisant hélas pas le suédois) est fluide et percutant à la fois (des phrases courtes qui résonnent parfois comme un mantra) et les thèmes sont universels: amour conjugal, filial, parental, amitié, violence, solidarité, héroïsme individuel face à la masse toute puissante. Les relations parents/enfants, abordées sous plusieurs angles, m’ont particulièrement interpellée : « Being a parent makes you feel like a blanket that’s always too small. No matter how hard you try to cover everyone, there’s always someone who’s freezing. »

    J’aurais pu citer de nombreux passages similaires, tant le livre regorge de réflexions pertinentes sur les thèmes susmentionnés. Mes légères réticences du début ont été rapidement balayées une fois le récit lancé et je ne peux que vous conseiller vivement cette lecture.


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